Au poker, se coucher est un art par Scotty Nguyen
C’est la même rengaine à chaque grand tournoi. Un type, engagé dans un gros pot, se croit marié à sa jolie main et la lune de miel se termine par la perte de tous ses jetons parce qu’il n’a pas été capable de lâcher sa main.
C’est toujours une sensation extraordinaire de découvrir une grosse main avec des Valets, des Dames, des Rois ou des As mais vous devez être prêt à les sacrifier si la situation l’exige.
Quand je me retrouve dans un pot avec une main décente, je veux être certain de ne pas trop miser s’il y a un gros risque que je sois battu. Cette approche doit sembler élémentaire mais vous seriez surpris de connaître la proportion de joueurs qui relancent pré-flop avec des Rois, sont suivis par un joueur conservateur qui joue serré, et se retrouvent impliqués dans un concours de relances avec un 9-10-J sur la table.
Les joueurs pensent toujours à ce qu’ils ont déjà mis au pot et en tirent la conclusion qu’ils ont toutes les bonnes raisons du monde de suivre, tout en étant conscients, la plupart du temps, qu’ils seront battus.
Pour éviter ce genre de situations, vous devez garder la tête froide et ne pas vous attacher à tout prix à votre main et vous devez apprendre quand il convient de jeter une bonne main.
Quand je relance et que des joueurs parlent après moi, la première chose que je vérifie chez les éventuels suivants est la taille de leur stack. En voyant la proportion qu’ils ont investi pré-flop, vous pouvez vous faire une idée de la force de leur main et de combien vous pourriez être amené à miser jusqu’à la fin de la main.
À titre d’exemple, si un « call » est supérieur au tiers du total des jetons d’un joueur, je m’attends à ce que ce joueur mette sur le tapis le reste de ses jetons, quoi qu’il arrive. Quand un joueur investit autant dans un pot, il est prêt en règle générale à aller jusqu’au bout. Toutefois, si le leader de la table, au nombre des chips, suit, il est possible qu’il arrose le pot de quelques jetons juste pour voir le flop.
La taille de la stack d’un joueur m’aide à déterminer comment je peux garder le contrôle de la taille du pot sans me retrouver dans une situation de sur-investissement en cas de grande incertitude quant à l’issue de la main.
Quand le flop arrive, j’analyse avec minutie sa composition en relation avec ma main et avec les types de mains qu’un joueur pourrait suivre.
Par exemple, si je relance avec J-J et que le flop dévoile K-Q-10, ma main est passée d’un niveau élevé en début de partie à un niveau beaucoup plus modeste.
Maintenant, quiconque m’a suivi avec un Neuf, un Roi, une Dame, un As ou l’un des Valets restants pourrait être en chasse d’un gros pot et je me retrouve hors de position. Je garde un œil sur ceux qui parlent après moi en raison de ma position et je me contente de faire de petits « call » par rapport au pot et à ce qu’il me reste de jetons.
Il est avantageux de voir les 5 cartes pour avoir une chance de toucher une suite mais pas à n’importe quel prix. Sous une pression sévère, je me rends compte que ce qui s’annonçait comme une main forte est devenu une main dont je dois me débarrasser.
Un autre type de main a pour habitude d’être fatale : le joueur A, qui est de type conservateur, relance en position avec une stack limitée. Le joueur B suit à partir d’un des blinds avec 6 de carreaux et 6 de piques. Le tableau affiche : Q-6-9, tous à cœurs, et le joueur B re-mise et est suivi par le joueur conservateur A. Le 4ème cœur sort au Tournant et le joueur B remet la main à la poche, pour voir le joueur A relancer violemment.
À cet instant, le joueur B doit abandonner sa main car il y a peu de risque que le joueur conservateur soit en train de bluffer sans disposer d’un large stack afin de bouter le joueur B hors de la main. Le joueur A a l’ascendant et il n’y a pas de raison de tout perdre dans cette situation.
Cette main est d’évidence une occasion de se coucher sans continuer à se poser des questions.
Parfois, les jetons que vous sauvez dans une situation limite s’avèreront être les jetons les plus importants pour la main gagnante qui suivra.
Ces jetons supplémentaires peuvent entraîner des gains bien plus conséquents plus tard dans la partie. Le poker, en somme, est tout aussi bien un jeu qui requiert du discernement – pour comprendre quand il convient de se coucher – qu’un jeu basé sur la conquête des pots.
Auteur : Scotty Nguyen